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Nº 29 -26 JUNIO 2009
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Forteresse où l’Espace de la Liberté? La gestion des frontières de l’UE dans la Méditerranée, Conférence Internationale, Berlin, 19-20 may 2009 (Heinrich Böll Stiftung, Robert Bosh Stiftung, Britsh Council)

Table ronde - Migration contre la sécurité? La gestion des frontières de l’UE dans la Méditerranée

http://www.migration-boell.de/web/migration/46_2091.asp#Roundtable_3_-_Migration_vs_Security_Border_Management_in_the_Euro-Mediterranean

Je vous remercie de m'avoir invité et je voudrais simplement ajouter que les Îles Canaries sont situées au 28ème (vingt-huitiéme) parallèle de latitude nord.Nous pourrions dire que nous sommes perdusdans l'immensité de l'Atlantique. Cependant, les îles constituent certainement une des portes d’accès à l'espace Schengen.C’est pourquoi, il est de bon sens de contempler la spécificité de l’Archipel dans cette conférence même si le cadre géographique indiqué dans le titre ne contemple que la Méditerranée.

Poser des stratégies, suggérer des rectifications ou juger les politiques de l'Union Européenne dans des matières d'immigration et du droit d'asile requiert, d'abord, une connaissance de la réalité sur laquelle on veut agir.

Aux Îles Canaries nous sommes des témoins d'exception des flux migrateurs intercontinentaux: en particulier, de ceux qui viennent d'Amérique Latine et de l'Afrique Occidentale.

Aux Îles Canaries nous voyons et touchons ces réalités. Nos îles, par leur particularité géographique, constituent un observatoire astronomique excellent pour les observateurs du firmament, par la clarté et la propreté de leur ciel; elles sont aussi un très intéressant observatoire volcanique, par la singularité de leur géomorphologie, et un observatoire humain passionnant, par leur condition de carrefour de gens de tout le monde.

L'observation des flux migrateurs qui se sont donnés rendez-vous dans l'Archipel canarien révèle une première évidence: qu’il n'y a pas pouvoir humain capable d'arrêter la marée migratrice. La langue espagnole possède une expression dont l'image décrit parfaitement cette réalité et dont la traduction serait: "on ne peut pas mettre de portes au domaine". Par conséquent les efforts fournis pour freiner ce mouvement semblent inutiles en plus d’être égoïstes, non-solidaires et aveugles.

En conséquence il est indiscutable que la politique européenne en matière de contrôle de flux migrateurs ainsi que la règlementation du droit d'asile requiert une profonde révision.

Certaines des solutions conçues pour affronter le phénomène de l'immigration irrégulière ne sont que des rafistolages insuffisamment pensés. Par exemple, en Espagne on a conçu le principe de  l’enracinement social, permettant de régulariser la situation de celui ou de celle qui se trouve en situation d'irrégularité administrative. Mais, Il faut pour cela que cette personne puisse prouver qu’elle a séjourné dans le pays pendant trois années et qu’elle dispose, au moment de la demande, d'une offre de travail. Mais, comment une personne peut elle tenir financièrement pendant trois années sans permission de travailler?; et  à supposer qu’elle y parvienne, il est plus que probable  qu’au bout de ce temps il ne trouvera  aucune offre d'emploi. Dans ce cas,  il est évident que  la norme légale se présente plutôt comme une invitation claire à l'illégalité.

Il faudrait se demander s’il y a une réelle volonté politique de l’Union Européenne de faciliter le processus d’intégration des immigrés. En Espagne, il semble que cela ne soit pas le cas. Comment expliquer sinon l’inefficacité administrative et le retard scandaleux dans le traitement des dossiers ainsi que la disproportion entre les sommes consacrées au contrôle des frontières et celles, insignifiantes, investies pour offrir des opportunités de travail et de logement aux nouveaux arrivants?

Comment justifier les interrogatoires honteux auxquels le personnel consulaire espagnol soumet les ressortissants étrangers et les espagnols unis par le mariage? Comment peut on autoriser un fonctionnaire à poser des questions d’ordre privé touchant à l’intimité personnelle des couples au nom du contrôle des flux migratoires?

Les hommes politiques européens doivent revoir leurs propositions et les directives qu’ils préconisent. On ne peut se contenter de réformes de façade. Il faut procéder à un travail de fond en partant de la réalité des choses dans les pays d’origine de l’immigration.

Les auteurs de ces politiques devraient se mouiller dans les rues des villes comme Bamako, Dakar, Saint-Louis ou Nouadhibou, en visitant les endroits où l’on entasse des personnes qui d’un jour à l’autre entameront la grande aventure vers l’Eldorado européen, sans envisager la montagne infernale de paperasses, et en fermant les yeux sur le nombre de décès comptabilisé entre parents et amis ayant eu le même rêve avant eux.

Comment peut-on juger du droit d’asile, sans connaître de près les motivations qui poussent les citoyens de Côte d’Ivoire, et du Sahara Occidental, appartenant aujourd’hui au Maroc, à le demander, pour ne parler que des principaux demandeurs d’asile des Îles Canaries.

Prenons le cas de l’Espagne, où la crise économique a fait monté l’indice du chômage à 20% de population active. Personne ne peut croire honnêtement en un retournement de situation, ni par magie, alors même que l’industrie du bâtiment, qui est l’un des principaux employeurs du marché, est sur le point de s’écrouler.

Je souhaiterais en terminer là. Le message que j’ai voulu transmettre est très simple: la politique ne peut pas ignorer la réalité, et la réalité, aussi difficile soit-elle,nous révèle que murs et barrières ne sont pas des solutions. Economisons donc sur la construction de telles barrières, et pensons à investir de manière plus rentable et, surtout, plus durable.

 

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